« Monter, descendre, monter.. » Le confinement à l’hôtel.

Ils étaient au squat Saint-Just, après des mois de voyage vers la France. A l’hôtel du Pharo, ils sont demandeurs d’asile, et ont été pris en charge par l’Addap 13. Alors que leur minorité a été reconnue et qu’ils pensaient en avoir fini, les voilà confinés.

Le confinement à l’hôtel, c’est « monter, descendre, monter… toute la journée » soupire Abdoulaye* au téléphone. Jeune Guinéen de seize ans, il a traversé cinq pays avant d’arriver à Marseille. Confiné à l’hôtel du Pharo, il fait partie des chanceux. Sa chance? La reconnaissance de sa minorité, qui lui a permis d’être relogé loin des punaises de lit, après avoir habité au squat Saint-Just pendant cinq mois, comme des centaines d’autres jeunes. La crise sanitaire du coronavirus a permis aux 36 jeunes restants du squat d’être pris en charge aussi, et d’être mis à l’abri

Isolement total

Leur placement est rassurant : ils mangent mieux, ont de vraies chambres et un meilleur encadrement. Abdoulaye concède : « Non, je ne fais rien, je m’allonge un peu. Je n’ai que ça à faire. » Il a fini ses exercices, il ne sait que faire. Les bénévoles ne peuvent pas se rendre sur place, ils sont seuls. « Sais-tu quand nous pourrons sortir? Je ne suis pas malade, moi! ». Les fake news circulent vite, et il devient difficile de les démentir.

A tout cela s’ajoute l’angoisse des procédures administratives. La mobilisation des avocats contre la réforme des retraites avait déjà freiné leurs démarches. Le confinement a rendu son avocate injoignable, et il faudra attendre la fin du confinement pour la joindre. Mais il n’abandonne pas et prévoit déjà: « Le 11 mai, je vais la voir. J’ai enfin mon acte de naissance, je veux savoir si c’est bon. »

Internet inaccessible

Alors que le monde n’a jamais autant été connecté à Internet, eux ont un accès limité. C’est une réalité qui ne concerne pas ces jeunes: «On ne peut sortir qu’une demi-heure, et pas tout le temps. Alors, les gens ne sortent pas et le réseau est surchargé.» L’appel est haché, sa voix est coupée entre deux mots.

Outre le divertissement, Internet est souvent le seul moyen de contacter leur famille ou leurs amis. Le Wi-Fi permet de ne pas «épuiser son forfait téléphone ». Cela fait « longtemps » qu’il n’a pas parlé à sa mère. Parfois, il essaie de « regarder les nouvelles du pays », car elle habite dans un petit village de Guinée; et elle n’a pas internet. Si les appels sont généralement planifiés à l’avance, «il y a le coronavirus là-bas aussi, donc je n’arrive pas à la joindre. J’appelle l’ami de mon frère, mais il n’est pas là-bas».

*Le prénom a été modifié pour l’article

Julie Malfoy

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